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Bulletin 56 -

Pharmacien hospitalier : un rôle crucial en hôpital de jour (HDJ)

Plusieurs d’entre vous se sont sans doute demandé pourquoi le temps passé en hôpital de jour (HDJ) semblait élastique. Effectivement, pour une injection, le temps d’attente peut varier de plusieurs minutes à des heures. Le parcours d’une demande de traitement au sein d’un hôpital se compose de différentes étapes. Le pharmacien hospitalier doit être au fait des dernières avancées de la recherche médicale et de la mise sur le marché des médicaments. Il est l’expert de vos médicaments. Pharmaciens et hématologues travaillent en étroite collaboration avec l’ensemble du personnel soignant pour vous garantir une prise en charge de qualité et sécurisée.

La pharmacotechnie : l’activité qui assure la préparation et le contrôle des chimiothérapies


Chaque préparation est unique, strictement individuelle, et est fabriquée selon le protocole prescrit par le médecin et validée par le pharmacien afin de garantir le bon usage du médicament (c’est-à-dire la qualité et la sécurité d’emploi pour les patients).

Une chimiothérapie utilise des médicaments particuliers qu’on appelle des cytotoxiques et qui demandent des précautions spécifiques. Toute la « vie » du médicament est tracée : qui prescrit ? qui valide la prescription ? qui prépare ? qui contrôle ? qui dispense le médicament et qui l’administre ? en plus de toute la traçabilité autour du médicament (date de péremption, numéro de lot etc…)

Le temps de préparation est donc bien précis et inclus de nombreuses étapes. Cela explique en partie l’attente parfois longue avant l’administration des traitements. Cependant, certaines étapes peuvent être anticipées en fonction de l’organisation de chaque centre et les traitements peuvent déjà être prêts au moment de votre arrivée.

 

Les différentes étapes de la préparation d’une chimiothérapie1 

Le parcours patient sous chimiothérapie en hôpital de jour comprend différentes étapes et il est à considérer dans son ensemble

Vous êtes dans un parcours de soins, vous connaissez (à peu près) votre protocole de traitement. Une infirmière de l'HDJ vous appelle quelques jours avant le RDV, pour s’assurer de votre présence (avez-vous fait les analyses de sang recommandées ? êtes-vous en forme "suffisante" ?) en conformité avec votre protocole de soins. La pharmacie d’hôpital, peut préparer votre traitement à l’avance sous certaines conditions (prescription médicale faite, données biologiques disponibles, évaluation clinique anticipée) mais ce n’est pas toujours le cas.

  1. À votre arrivée à l’hôpital, au service d’hématologie, vous êtes enregistré, dirigé vers une salle d'attente ou une chambre.
  2. Vous n’avez pas toujours de consultation avec votre spécialiste, mais plutôt un échange avec une infirmière (à qui il est opportun de relater vos éventuels soucis liés à la prise du traitement, votre état de forme globale et quel mode de transport avez-vous utilisé). Vous êtes en HDJ, apte à recevoir votre traitement, qui peut être administré via une perfusion ou sous une autre forme.
    Nb : Vous pouvez, dans certains centres, rencontrer un pharmacien pour faire un bilan lors d’une consultation sur l’ensemble de vos traitements médicamenteux.
  3. Après l’administration du traitement, on peut vous demander de rester pour surveiller d'éventuels effets secondaires (ex. 15mn après vaccination anti-covid).
  4. Une fois le traitement terminé et le suivi effectué, vous pouvez quitter l'établissement. Votre prochaine séance est planifiée, vous recevez une convocation du service hématologie vous rappelant les date et heure, et autres conditions (tel le port d’un masque, ou une nouvelle ordonnance).

 

Le circuit de prise en charge - en pharmacie à usage intérieur (PUI)

2a/ la prescription médicale

L’infirmière a rapporté votre état général ; un médecin oncologue confirme au pharmacien la prescription de votre traitement de chimiothérapie, adaptée à votre état général. L’ordonnance de traitement détaille le nom de chacun des médicaments de votre protocole, ainsi que d’autres destinés à limiter les effets indésirables. Sont précisés également : le mode d’administration (perfusion, piqûres, comprimés ou gélules), la quantité et la durée de prise de chaque médicament. La dose prescrite est strictement individuelle ; la plupart du temps elle prend en compte le poids et la taille du patient.

2b/ l’analyse pharmaceutique

Le pharmacien vérifie la cohérence de la prescription par rapport à votre pathologie et votre état général et s’assurer que les conditions sont réunies pour réaliser la préparation et la dispensation de votre traitement.

2c/ la préparation centralisée et la vérification

Préparation personnalisée de médicaments, opérations particulières de préparation et/ ou de reconstitution. Ces étapes ont été récemment automatisées dans certains CHU.

Votre traitement peut se présenter sous différentes formes (poches, seringues, diffuseurs) et peut être administré par différente voie (sous cutanée, intra-veineuse, intra-rachidienne, etc…). Par exemple, lors d’une administration intraveineuse, le médicament anticancéreux est généralement préparé dans une poche sur laquelle est raccordée une tubulure nécessaire pour l’injection. Si c’est une administration par voie sous cutanée, le traitement est généralement préparé par l’équipe pharmaceutique dans une seringue.

Quoi qu’il en soit, l’ensemble des traitements préparés par les préparateurs en pharmacie et les pharmaciens sont stériles, c’est-à-dire, exempts de microbes qui pourraient générer des infections. La centralisation des préparations par la pharmacie permet de garantir la qualité et la sécurité des médicaments qui vous seront administrés.

2d/ l’acheminement

Un membre du personnel de la pharmacie ou de l’établissement de soins achemine cette préparation dans un container scellé et exclusivement réservé à cet effet vers l’unité de soins dans laquelle vous vous trouvez. Ce transport interne est sécurisé,

2e/ l’administration du traitement

Avant de vous administrer le traitement, L’infirmièr.e s’assure que le traitement vous est bien destiné. Pour cela elle vous demande de décliner votre identité. Ensuite elle vérifie que la préparation correspond bien à la prescription médicale (nature du médicament, dose prescrite, voie d’administration)

Lorsque l’administration est terminée, l'infirmièr.e met le matériel utilisé (aiguilles, seringues, matériel de perfusion…) dans des containers à déchets spécifiques. Ils seront incinérés. Vous avez encore un peu de temps pour récupérer et vous recentrer.

Donc même si votre protocole est personnalisé et votre planning connu, l’administration de votre traitement n’est pas sur étagère comme en pharmacie de ville. Vous avez sans doute des médicaments oraux de chimiothérapie en plus de vos traitements injectables. Certains ne sont disponibles qu’en pharmacie hospitalière. Pour cela, vous devez vous présenter à l’unité de « Rétrocession » hospitalière et remplir un certain nombre de formalités : admission, identité, etc… et souvent confirmer par signature la qualité et la quantité du médicament qui vous est délivré.

Tout comme nos hématologues, les pharmaciens hospitaliers doivent être au fait des dernières des avancées de la recherche médicale et de la mise sur le marché des médicaments (j’exclue la partie recherche clinique encore plus complexe et archi sécurisée – sécurité sanitaire et traçabilité) validés par l’ANSM. Le médecin est l’expert de votre maladie et le pharmacien l’expert de vos médicaments. Ils travaillent ensemble en étroite collaboration avec l’ensemble du personnel soignant pour vous garantir une prise en charge de qualité et sécurisée.

L’industrie pharmaceutique joue aussi un rôle important. Tout d’abord en proposant des essais cliniques qui vous permettent d’accéder à des nouveaux traitements, mais également en proposant des formations aux professionnels de santé afin de leur mettre à disposition les informations nécessaires pour l’utilisation d’une thérapeutique.

On n’a pas toujours conscience des échanges transverses nécessaires au sein de l’hôpital pour notre prise en charge, n’oublions pas que nous bénéficions des avancées de la recherche médicale et donc de médicaments innovants.

J’ai eu l’opportunité de rencontrer Nicolas Cormier, pharmacien responsable médical de l’unité de pharmacotechnie au CHU de Nantes, lors d’un congrès d’hématologie.

J’ai découvert qu’il existait des robots de dernière génération pour la préparation des chimiothérapies injectables, l’hôpital de Nantes est le premier CHU à se doter d’un tel matériel (après 7 autres établissements, dont le CLCC Gustave Roussy (94), le Centre Eugène Marquis de Rennes (35) ou au centre François-Baclesse de Caen (14)).

On diagnostique de plus en plus de cancers (peut-être grâce à l’évolution des techniques, ou à notre mode de vie), la recherche médicale progresse sur certains d’entre eux (merci les plans cancer initiés par les présidents de la république), les patients ont parfois des traitements de longue durée (pour des maladies devenues chroniques), mais les métiers de santé sont de plus en plus en tension, sans parler du personnel diminuant et/ou la surcharge de travail du personnel médical !

Ainsi avec l’augmentation du nombre de patients traités, l’allongement de certains traitements et de nouveaux protocoles deviennent plus complexes : l’automatisation de la préparation des chimiothérapies est un progrès. Un intérêt évident, d’abord pour le personnel par l’amélioration significative des conditions de travail des préparateurs en pharmacie exposés aux TMS (troubles musculosquelettiques), puis une mise à disposition plus rapide et sécurisée des doses individuelles de traitement, au bénéfice des patients.

Il y a depuis 2024 un robot au CHU de Nantes qui s’appelle IRON 1

[1] Les détails du parcours de soin, sur le site de l’INCA : https://www.cancer.fr/personnes-malades/parcours-de-soins/principaux-traitements/chimiotherapie/ preparation-et-modalite-d-action-d-une-chimiotherapie 

 

Mes questions à Nicolas Cormier - Pharmacien responsable chef équipe pharmacotechnie au CHU de Nantes

 

Q1 : Au congrès SFH, il était question des impacts des traitements comme les infections, êtes-vous impactés par cela dans votre prise en compte en pharmacotechnie ?  

Oui bien sûr. Nous nous assurons :

  1. Que la prévention anti-infectieuse est bien prescrite par le médecin (anti viraux, antiparasitaire, anti biotique). 
  2. L’utilisation des Ac bi spécifique a pour effet secondaire la survenue d’infection qui peuvent parfois nécessiter l’administration d’immunoglobuline à l’hôpital ou en HAD. L’activité du pharmacien en pharmacotechnie comprend la préparation bien évidemment mais aussi toute la prise en charge médicamenteuse qui va avec. Les pharmaciens qui travaillent en pharmacotechnie sont spécialisés dans la prise en charge des cancers. 

Q2 : Vous avez sans doute des choses à dire sur IRON1 ne serait-ce que des statistiques depuis son utilisation. Et la satisfaction du personnel ?

100% de satisfaction du personnel +++ C’est un outil qui vient aider, substituer le préparateur dans les tâches répétitives et difficiles qui génèrent ces fameux TMS. Le préparateur devient un « pilote » de robot, une nouvelle corde à son ARC. IRON 1 a effectué près de 16 000 préparations au CHU de Nantes en 2025. C’est environ 30% de l’activité totale du CHU de Nantes (50 000 préparations par an) et si on retire les essais cliniques c’est 41% de l’activité totale (le CHU de Nantes a beaucoup d’essais cliniques 11 000 préparations, qui ne peuvent pas être réalisés par le robot).