On se dit tout

Bulletin 55 -

Michel : « Je ne profitais pas de la vie comme cela »

En 2007, Michel, fatigué, pense que c’est dû à ses longs trajets sur la route et demande sa mutation plus proche de chez lui. Pour faire plaisir à sa compagne, un rendez vous est pris avec un docteur, la prise de sang est OK, et tout le monde est content… mais le docteur lui a fixé une date de consultation avec un hématologue. Il ne comprend pas le rapport.

L’hématologue, plus habituée à « l’annonce », lui parle cancer, il ne comprend toujours pas. Quand elle dessine des cellules qui deviennent anarchiques, il saisit enfin : le grand gars de 1m90 s’évanouit sur le coin du vieil écran d’ordinateur. Il se réveille sur une civière avec une religieuse auprès de lui. Bref, aller seul en rendez‑vous, ce n’est pas top !

Il a vécu en Afrique ; à 46 ans, il a mis son cancer « dans son sac à dos », est rentré à la maison pas fier… Le tamtam fonctionne bien, son frère lui propose un vol en montgolfière avec lui = top là ! Deux jours après, dans la nacelle, il se dit : « la vie est belle, je vais me battre ». Cela l’a beaucoup aidé ; depuis, cela continue.

Rapidement, la Thalidomide, très efficace, lui a « endormi » la plante des pieds, il n’a plus de sensations : en marchant sur un sol trop chaud = des cloques (oui, Michel est belge).
L’anecdote qui fait sourire : pendant « l’autogreffe », il buvait beaucoup (4‑5 litres, habitude d’Afrique), ce qui a paniqué le personnel en voyant son volume de diurèse.

En consolidation, on lui propose un essai clinique sur le Revlimid, il accepte car « ce n’est pas parce qu’il y a une liste d’effets indésirables qu’on les a tous » (cf. le Dafalgan).

En 2014, la rechute ne le surprend pas… « la question n’est pas si on rechute, mais quand ? ». Le plus dur a été d’attendre, pas évident à gérer dans la tête, il voulait partir au combat. Début 2016, c’est le traitement, l’autogreffe avec « les cellules sorties du congélateur et mises au micro‑ondes » (évidemment, ce n’est pas comme cela en réalité). Michel en a un très bon souvenir car cela a été l’occasion pour lui de se reposer.

2021, deuxième rechute, autre cocktail : cette fois, le bout des doigts devient insensible.

Cela use sur la durée. Il est très vite fatigué : « je suis comme un vieux GSM, dont la batterie se vide très rapidement ». Et il rajoute : « je vais bien, avec à l’intérieur quelques soucis techniques ». Il voit du positif dans tout ce qui est négatif.

Depuis son myélome multiple, il n’a jamais autant profité de la vie. Il dit que cela « fait 18 ans qu’il est dans le domaine ».

Michel a les mêmes valeurs de « myélosophie » que moi (sophia, sagesse ou savoir en grec).
Il dit avoir de la chance d’avoir été détecté tôt et n’a pas de problème osseux. Tout dépend du tempérament… Pour lui, le moral amplifie et décuple les effets des médicaments.

Le gros avantage est que cela ne dégénère pas en métastases.

Son message : avaler « la pilule » du cancer, le plus vite possible remonter la pente. Avoir confiance en son équipe et aux traitements. Respecter pile poil ce qui est dit. « J’en suis la preuve vivante ».